L'Art de la douceur

Un peu de tout, beaucoup de p'tits riens....

29 novembre 2009

L'arboretum... fin...

"Des mots d'amour aux arbres. Il y en a eu tant et plus. Dans des livres d'or. Année après année. Je les ai conservés. Tous. De temps en temps, j'en ouvre un au hasard et je lis, à haute voix :

"J'en ai un gracieux, un autre prétentieux, et d'autres généreux pour tous les fruits qu'ils nous donnent".

"Mon arbre est élancé.
Il attire les papillons
Dans leur étrange ballet
Qui se lovent sur son tronc
C'est "l'arbre à papillons"
ou "Buddleia daviddi""

"Mon arbre il est... grand, fort, protecteur... prévoyant... J'ose croire qu'il m'aime... lui qui sait si bien m'abriter de la pluie, du soleil et du vent. Il me rend folle de lui. Pas de doute, je suis amoureuse !"

et puis, celui-ci, qui touche mon coeur de femme vieillissante :

"Je dirais doux, doux comme un arbre"

et encore celui-là :

"Longtemps après avoir découvert les toiles de Caspar David Friedrich et celles de Camille Corot, j'aime faire l'expérience de m'arreter suffisamment longtemps devant n'importe quel arbre du Plantaurel ; vient immédiatement l'impression étrange d'etre à jamais un de ces personnages minuscules, égarés (avec tricorne ou bonnet rouge) dans un de leurs tableaux..."

Ces carnets, je les ai fait relier. Leur place dans ma bibliothèque : entre poésies et grands maitres de la peinture. L'arbre. L'arbre-roi. L'arbre-reine. Quel artiste peut égaler par son oeuvre tant de beauté, tant de force, tant de perfection ?

Dans ce monde un peu fou, l'homme parfois, tente de rejoindre ce petit paradis, les bras de l'arbre. L'arbre-père. L'arbre-mère. Naissent alors des reves d'enfants joyeux : cabanes dans les arbres, parcours sportifs dans les branches, à la recherche du Tarzan ou de la Jane qui sommeille en chacun de nous. Je les approuve de tout mon coeur.

Promenade chaque jour aux milieux des arbres. C'est un rituel auquel je ne déroge pas. Essentiel. Certains se sentent pousser des ailes : des racines prolongent mes membres devenus gourds et raides. Je respire jusqu'au vertige l'odeur puissante de l'humus en automne ; mes yeux rougissent sous les bourgeons printaniers, les blés blonds de l'été me font éternuer et je m'endors rapidement pour une sieste (instant volé) à l'ombre d'un figuier ou d'un saule pleureur. L'hiver révèle aux yeux de tous et de chacun les squelettes endormis des etres de bois et de sève. Tout un cycle de vie. En tant que femme, j'y suis sensible. Je m'y reconnais.

Quand on voit la joie du nomade à la vue de l'oasis, on sait que l'humain a besoin de l'arbre autant qu'il a besoin de l'eau, du pain et du soleil.

Il existe un dicton qui dit que, dans une vie, il est bon de planter au moins un arbre. Comme pour mieux s'enraciner dans l'existence, plonger dans la terre et toucher le ciel. L'essence-ciel..."

FIN

Oursonne (novembre 2009)

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The key - huile - Matthew Joseph Peak

Ce texte a été écrit avec vos mots et les miens. Il nous parle des arbres. Ces compagnons de vie qui sont les témoins de notre passage sur terre. Ces etres essentiels à notre vie. Je vous remercie de ce partage.

l Oursonne, avec la complicité de Ptitlapin, OlivierNoémie, Sylvie, Servanne, Mathilde, Laurette, Indian-Isa, Hespérie, Dourvac'h, Caro Carito et Anne-Sabine

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22 novembre 2009

L'arboretum... 3ème partie...

"S'enraciner. Quand je n'avais fait qu'avancer, encore et toujours. Aiguillonnée par un appétit de feuilles, de branches et d'écorce. De sève et de fruits. Et d'humains...

La fatigue avec l'age. J'avais passé ma vie sur les routes du monde, avec au fond de l'ame cette envie de trouver une foret, ma foret, un arbre... mon arbre. Et puis ces mots, dans le livre d'or, ces mots qui me parlaient si fort, tambour dans le ventre, seve et sang melés.

Je ris en silence. Je me moque de moi-meme.

J'ai travaillé, toute ma vie. Seulement, voilà : je n'ai pas le moindre argent devant moi. Je n'ai pas un sou, ni un liard et encore moins un dollar en poche. J'ai vécu de peu, de quoi me nourrir, parfois me loger. Ce qui me restait, je le donnais. Les nomades voyagent léger. Et j'en étais une.

J'en ai revé de cet arboretum. Le mien. Idéal. Pourvu de toutes les espèces d'arbres vivants sur la planete. Un lieu où les humains de toutes races se meleraient. Promeneurs du dimanche, scientifiques passionnés (j'ai dans l'idée... fausse ?... qu'un scientifique est de toute évidence un etre passionné), écoles primaires pour la leçon hebdomadaire, caravanes d'hommes bleus, cavaliers de Mongolie, bushmen,... Pour un tel reve, un tel concept, il aurait fallu des fortunes, et puis aussi des hectares et des hectares, quantité de jardiniers, paysagistes,... et un lieu, immense, magnifique, propice à toutes les cultures car chaque arbre a son sol et sa saison. Et cet endroit n'existe pas, ne peut pas exister et n'existera jamais. Une utopie certes. Une belle utopie. La mienne.

Ce que je fais ? Je suis restée dans ce jardin des plantes. J'ai postulé pour remplacer le gardien qui partait en retraite. Le hasard ou bien le destin... N'est-ce pas la meme chose ?

Pourquoi suis-je restée ? Ah ! Pour ce livre d'or où se déposaient, comme par magie, des mots d'amour. Des mots pour les arbres."

Oursonne (novembre 2009)

La suite... bientot.

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Papier découpé - Helen Mussel White

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18 novembre 2009

L'arboretum... 2ème partie...

"J'ai passé une grande partie de ma vie sur les routes du monde, à la recherche de nouveaux arbres. Prise d'une frénésie de découvertes, je m'arretais pour apprendre, rencontrer, travailler suffisamment longtemps pour en connaitre davantage sur les etres de bois et de sève, mais pas assez cependant pour m'attacher à un humain ou pour le laisser m'attacher. Je ne pouvais m'arreter. Il me fallait avancer pour savoir... savoir si, au détour du chemin, il existait un arbre plus beau, plus grand, un arbre différent, un arbre inconnu meme...

Je suis allée du Canada (et son érable rouge au sirop nourrissier) aux grandes forets du Nord où les sapins sont rois. Je me suis reposée dans les palmeraies d'Afrique du Nord, j'ai contemplé les couleurs flamboyantes du jardin de Majorelle, revé aux jardins suspendus de Babylone. J'ai parcouru des paysages où l'arbre est une rareté, un manque. Le manque d'arbres, oui. Pampa, Sahara... Je me suis perdue dans des labyrinthes de buis, j'ai posé un instant ma tete sur une épaule amie à l'abri d'un saule pleureur sur les bords de la Marne. Et toujours cette quete.

J'ai mis mes pas dans ceux des herboristes, explorateurs et découvreurs de la Flore de notre planète. J'ai appris auprès de vieux maitres tous les soins du jardin et dormi dans les bras de jeunes jardiniers. Et ainsi, je suis devenue jardinière. Je pouvais travailler partout où j'allais et j'aimais etre celle qui redessinait le paysage rien qu'en taillant ou en plantant des arbres.

De l'arbrisseau à l'arbre centenaire, j'ai vécu mille vies. Les arbres parlent... je le sais. Ils parlent à leur façon. Le chant de la sève, le bruissement du feuillage, le craquement de l'écorce... tel est leur langage. Partout, le meme. La langue des hommes, changeante et mouvante, me donne le vertige. Celle des arbres m'apaise, c'est comme ça.

Et puis, un jour, je suis retournée dans le pays qui m'a vue naitre. C'était une belle journée de printemps, une de ces journées où la douceur de l'air vous donne l'illusion d'avoir à nouveau 4 ans, une de ces journées où le soleil vous fait faire des folies. Je suis entrée dans un jardin des plantes comme il en existe des milliers. J'ai parcouru le livre d'or qui tronait devant la loge du gardien et j'ai lu ceci :

"Ces géants à la peau ridée dès leur plus jeune age cachent sous leur écorce un coeur qui bat au rythme des saisons... Perchoirs à oiseaux, ils tendent leurs bras grand ouverts au ciel pour cueillir la lumière. Ils nous ressemblent... Identiques et si différents... Leur périple autour du monde nous rappelle qu'il faut s'enraciner pour mieux parcourir le monde."

S'enraciner...

Oursonne (novembre 2009)

La suite... plus tard.

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"Feuillage" Huile - Jacqueline Bachman

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15 novembre 2009

L'arboretum... 1ère partie...

"Je suis née dans un arbre. Bien enraciné, solide, tendre avec des branches comme des bras, des doigts qui savent me caresser tendrement pour aller jusqu'à mon coeur... C'est là mon arbre-mère. Il vit au milieu de la foret, c'est un arbre à fées. Il est grand, moussu, ses feuilles sont d'un gris tendre, presque transparentes... la rosée du matin les fait scintiller. Sous la terre, on devine ses racines tortueuses et ce n'est que lorsque le vent vient courber ses plus hautes branches, cet instant où elles viennent caresser le sol humide que les fées peuvent y monter, les fées ... et moi. Rien que moi. Il s'ensuit alors une danse folle que rien n'arretera jamais.

J'aime me balancer dans ses bras courbes jusqu'à en perdre le souffle, l'écouter craquer sous les assauts de la tempete, me fondre dans son feuillage si changeant et par dessus-tout, j'aime à contempler ses hotes : oiseaux, écureuils et aussi papillons.

Mon arbre est mère. Un arbre de velours à l'écorce moelleuse. C'est un arbre d'amour, de sève harmonieuse.

Mon arbre est père aussi. Un tronc donc mes bras ne peuvent pas faire le tour, et qui accueille la mousse et le lierre rampant, et un feuillage tendre, aux reflets bleutés, pas trop dense, pour laisser passer la lumière. Un arbre revé.

Et puis, un jour, j'ai quitté mon arbre. Mon arbre mère. Mon arbre père. Mon arbre mère et père. Car le monde est plein d'arbres, infiniment d'arbres. Tant et tant qu'il me faut découvrir. Alors je marche, je marche à la rencontre des arbres."

Oursonne (novembre 2009)

La suite... bientot.

Avec vos mots, avec les miens, un texte, une histoire dédiée aux arbres. Parce qu'ils étaient là avant nous, nous accompagnent tout au long de notre vie et parce qu'ils sont la vie.

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"A private world" Tim Walker

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10 novembre 2009

Emile Lévy...

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"Mother and daughter" Emile Levy

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"La lettre d'amour" Emile Lévy

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30 mars 2009

Le livre sur la banquette...

Sara aime lire. Passionnément. Chaque jour, elle emprunte le chemin qui la mène à la gare. La gare où elle va prendre son train. Un train qui l'emmène à son travail. Et, toujours, un livre dans son sac. Et parfois, ce livre, elle l'oublie. Sur la banquette. La banquette du train qui repart vers la station suivante.

Quelquefois, la lecture est achevée, d'autre fois à peine commencée. Ca l'embete tout de meme cette manie de perdre ses livres comme d'autres perdent leur parapluie. Ca n'est pas sérieux.

Sara aime preter ou donner ses livres, mais pas comme ça. Elle aimerait pouvoir en profiter encore un peu, caresser la couverture d'un ouvrage particulièrement aimé des yeux ou du bout du doigt. Prolonger encore la lecture et les sensations qu'elle a fait naitre par la pensée, la réflexion, apprécier la trace laissée en elle. La porter tout contre elle, dans son sac.

Ce qu'elle espère, Sara, c'est que les ouvrages égarés trouvent un propriétaire digne de ce nom : un lecteur, un vrai. Un passionné comme elle. Sinon, c'est un peu comme donner de la confiture aux cochons. Et puis, elle s'en veut de cette étroitesse d'esprit qui ne lui ressemble pas. Les mots sont faits pour circuler, tout comme les trains. Ca n'est pas bien grave. Sara achète un autre livre. Peut-etre rentrera-t-il ce soir avec elle dans sa maison.

Ce qui la ravirait, Sara, c'est de retrouver son ouvrage dans le train, disons... la semaine suivante. Avec une petite écriture sur la page de garde (ou un post-it, ce mot doux moderne) qui la remercierait de ce "pret", qui lui dirait s'il ou elle a aimé sa lecture. Et, peut-etre, un prénom, un nouveau marque-pages.

Ce qui la comblerait, Sara, c'est de trouver un autre livre à la place du sien. Les livres sont faits pour circuler. A quoi ça rime, à la fin, d'empiler partout des livres et encore des livres, du sol au plafond littéralement ! Son mari s'en agace. L'appartement se transforme en bibliothèque poussiéreuse. Les piles menacent de s'écrouler d'un jour à l'autre. C'est comme une forteresse. "S'enfermer dans les mots, est-ce que c'est dangereux ?" se demande-t-elle parfois.

Livre, Bouquin, Ouvrage, Fascicule, Opuscule, Livre de poche, Best-seller, Auto-édition, Broché, Relié cuir. Roman, Roman historique, Essai, Biographie, Nouvelles, Poésie.
Sara, elle dit : "Mes pages". Où sont mes pages ?

Elle les porte sur elle, en elle, le temps de la découverte. Elle s'approprie cet espace de temps suspendu entre deux feuilles de papier, entre deux lignes écrites par un autre, une autre.

"Ah non ! pas à table !" Son mari grogne. Se faire réprimander ainsi comme une enfant...  Sara n'en a cure. Surtout, garder à portée du regard le trésor à peine entrevu. Le couver des yeux. Elle mange avec application, lenteur et vrai plaisir. Nourrir aussi le corps.

Perchée sur une pile de livres, une boule de chat ronronne, indifférente. Le chien est couché sous une étagère, la tete sur un gros dictionnaire encyclopédique, les yeux mi-clos.

Le silence s'agite. Les personnages s'entremelent et croisent une adolescente épuisée par une journée "trop galère", un homme au mitan de sa vie à la fatigue palpable. "Tu m'écoutes ?". Elle écoute, Sara. Mais la sérénité qu'elle affiche, glané au fil des mots, dérange. Ce monde intérieur, cette richesse apprise du langage de papier, s'il ne remplit pas les brèches de l'existence, s'il n'adoucit pas les chaos d'une vie de femme, la comble pourtant. Une manière de s'alléger du poids des maux par les mots.

Sara court. Le train va partir d'une seconde à l'autre. Vite ! trouver une place et s'installer.

Dans son sac entr'ouvert, un coin de livre qui dépasse et l'appelle. S'en saisir comme on prend un chocolat, avec gourmandise. Et délicatesse aussi. Le marque-pages posé bien à plat contre la couverture, sur la paume ouverte de la main, celle qui soutient. L'autre main, plus chanceuse, caresse le papier, joue avec les coins, assistante zélée d'un regard qui s'envole.

Enfin.

"Mes pages". Elle s'apaise, Sara.

Oursonne (mars 2009)

Merci à celle qui m'a inspiré cette histoire, Ptitlapin, http://winniethepooh.canalblog.com/
Une grande amoureuse des livres et photographe de talent. Bisous à toi.

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"Dream staircase" Abracadabra sur Flickr

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23 février 2009

De toutes les couleurs...

"Je lègue à mes amis, un bleu céruleum pour voler haut, un bleu cobalt pour le bonheur, un bleu d'outremer pour stimuler l'esprit, un vermillon pour faire circuler le sang allégrement, un vert mousse pour apaiser les nerfs un jaune d'or : richesse, un violet de cobalt pour la rêverie, un garance qui fait entendre le violoncelle, un jaune barite : science-fiction, brillance, éclat, un ocre-jaune pour accepter la terre, un vert Véronèse pour la mémoire du printemps, un indigo pour pouvoir accorder l'esprit à l'orage, un orange pour exercer la vue d'un citronnier au loin, un jaune citron pour la grâce, un blanc pur : pureté, terre de Sienne naturelle, la transmutation de l'or, un noir somptueux pour voir Titien, une terre d'ombre naturel pour mieux accepter la mélancolie noire, une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de durée."

TESTAMENT de Vieira da Silva

iii
Ce texte m'a été offert par Caro-Carito   http://lesheuresdecoton.canalblog.com que je remercie beaucoup pour cette découverte.

Maria Helena Vieira da Silva (dite Vieira da Silva) était peintre. Je fais partie de ceux qui ne sont pas touchés par sa peinture, abstraite et complexe, mais ce texte m'enchante ! Quel formidable testament, quel ode à la vie !

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22 février 2009

Les mots couleurs... suite et fin...

LES MOTS COULEURS (suite et fin)

kk

J'ai ressorti de très vieilles boites de peinture aux tubes ridés ainsi que des pastels aux noms si plein de poésie. Ces petits batons allongés dans la boite, au creux d'un nid douillet de mousse qui les protègent des chocs ou bien enrobés d'un sable fin qui les nettoie du passage du temps. Des batons de guimauve alanguis dans le ciel bleu, rose et blanc d'un imaginaire enfantin qui revient à la vie.

Vous comprenez, n'est-ce pas ? Se sentir vivant... Soudain le rose vous monte aux joues. Pas n'importe quel rose ; le "rouge de Venise" n'est pas forcément celui qui monte aux joues de "carmin de garance". Etre troublée à l'extreme, entre le rire et les larmes... Quand il pleure "gris de Payne" sous les feuilles "vert de cobalt pale" d'un arbre au tronc "brun Madder" qui recueille ses larmes précieuses... Ah, je crois bien que je ne peux plus penser qu'en couleurs. Et puis peindre. Peindre les jours patiemment, simplement, en rondeurs colorées, par petites touches, doucement, avec tendresse. Avec amour.

Je contemple ce monde qui s'offre au fur et à mesure que je rouvre les boites, soulève les couvercles de carton aux teintes passées déchirés, usés aux angles. Les chiffons sont moisis. J'éternue et adresse une prière d'excuses muette au prochain drap du sacrifice.

J'ai toujours aimé le nom écrit sur les tubes de métal, vert véronèse, ocre jaune, vermillon, bleu de cyan... bleu de Prusse, casqué à la pointe, jaune de Mars, de Naples et d'ailleurs, terre de Sienne brulée par l'alcool, terre d'Italie naturelle, sans OGM, rose deSmyrne dite aussi Ismir, rouge d'Angers, attention... outremer en DOM-TOM, cramoisie d'Alizarine au nom si joli...

Je délire, comme c'est bon ! et contemple, au dedans de moi, les couleurs qui s'inventent sous mon pinceau joyeux : un garance bleuté, un orangé ivoire et le coeur qui balance, cerise ou indigo, blanc ou noir, ocre ou pourpre.

L'après-midi s'avance. L'heure du tea-time dans un jaune lin ou un sable fin. La rose-thé dans un vase en transparence exquise.

Au-delà de la fenetre, l'étendue du pré est toujours livrée à l'étreinte passionnée de l'hiver et du printemps. Au bois dormant de la glycine pendent des baguettes de givre gris qui se colorent aux éclats du ciel où se mirent les rayons multicolores du soleil, en prisme chaleureux. Et ce ciel... un ciel tendu comme une toile où les pinceaux d'un artiste divin dépose du lavis. Partout, un camaieu de gris qui ignore la grisaille tant il emprunte à l'arc-en-ciel toutes ses couleurs...

Un poème (les poètes me tiennent compagnie, vous l'avez remarqué), un poème remonte à la surface, tronqué, incomplet, d'une intensité à peine soutenable. Il s'agit d'un poème qui parle de mots, de ces mots qui disent notre vision possible des rayons de l'arc-en-miel, à partir de trois couleurs basiques... ah, vous vous impatientez... Alors, tant pis. Ca dit ceci :

"...
ainsi l'arc-en-ciel extérieur se dévoile
Tel qu'il est
Fidèle
Mis à nu
Mes reves les plus fous
En deviennent hystériques, magiques,
trichromatiques
Ma raison alors, se campe debout sur ses trois pieds
Droite sur ses fondations
Marines ciel et eau
Verdeurs plantureuses
Sanguines flamme et forge"

Ca vous intrigue ? J'ai pensé en le lisant pour la première fois que le poète en question était fou. D'une folie magnifique. Tous les poètes sont fous, me dites-vous ? Ah, quel lieu commun... Comment vous convaincre de la puissante beauté de ces vers si vous ne jurez que par le cartésien, l'ordinaire, l'insipide...

Je pense, que dis-je, je reve de tous mes sens à mon amour, à Lui. Il vient diner ce soir. Je placerai, non des chandeliers sur la petite table ronde, mais bien mille bougies sur l'appui de la fenetre (celle qui donne sur le pré aux anes), le manteau de la cheminée, les étagères, le pas de la porte et puis en ourlet au bord du chemin pour qu'il voit. Le blanc, le blanc magnifié, le blanc coloré, éclaté de lumière de ma vie.

Et mon infinie tendresse pour Lui qui a rendu cela possible.

Je suis prete à l'accueillir. Je pose mon visage tout contre la vitre à nouveau glacée. Au dehors flotte une ombre. Une ombre violine qui se pare de bleu outremer et de bleu de prusse, ou d'un cobalt où on perçoit le ciel de la nuit sombre et profond comme l'infini, dans les ombres déportées des troncs d'arbres noir de mars... D'un noir qui n'existe que dans les abimes d'un espace sans trace de temps..."

FIN

Oursonne (21 février 2009)

Co-auteurs : Anne-Sabine, Bindou, Caro-Carito, Chris, Dourvac'h, Jack, Laetitia, Mathilde, OlivierNoémie, Oxymore, Ptitlapin, Servanne et Sylvie

el_vendedor_de_colores___LLARANDI

"Le vendeur de couleurs"
(photographie de LLARANDI sur flickr)

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19 février 2009

Les mots couleurs ... troisième partie...

LES MOTS COULEURS (suite)

kk

"Oh oui, mère nature, je vais l'appeler avec toi ce printemps ! Jaune de Naples, bleu turquoise, cobalt, outremer et n'oublions pas... orange ! Pour un rouge passion, un bleu sérénité, un jaune vitalité, des primaires en primeur aux matins naissants.

D'une main, je dessine du bout de l'index et du majeur sur la vitre gris sale des bouquets de tendresse, des gorgées de soleil, des lacs d'amour... De l'autre, je porte ma tasse à mes lèvres. L'ambre liquide, très clair, très pale, embaume la fleur du cerisier.

C'est comme une promesse. Par petites touches de jaune et de blanc, la nature nous éveille à la lumière du renouveau. Chaque matin, je guette l'arrivée des crocus malicieux (si tout fonctionne comme prévu, une armada parée d'or, de bleu, de parme et veinée de blanc devrait débouler dans ma jardinière), du rose des primevères au coeur orangé, des narcisses blancs souverains et des jonquilles flamboyantes.

Lui écrire. J'abandonne mon poste d'observation, repose ma tasse vide, attrape une feuille au hasard sur le secrétaire. Je virevolte, envahie, submergée  par un trop plein de mots, de sensations, de couleurs vives, d'envies, de promesses à venir, à tenir... Je voudrais juste pouvoir plonger dans l'eau fraiche de la rivière (celle qui longe le pré aux anes), ouvrir les yeux dans le cristal bleu des eaux, me laver de cette exaltation qui n'est pas moi.

"Hier encore, le ciel gris souris rendait mon humeur morose.
Un petit verre de vin blanc (celui que nous avons partagé) la teinte d'un peu de cuivre,
vos jolis mots finissent par y mettre le jaune d'or.
Meme si mon ciel n'est pas d'azur, peut-etre alors
aurais-je un crépuscule mordoré parsemé d'orange brillant,
étreignant un solide violet."

Il va me prendre pour une folle, assurément ! Ou bien une excentrique. Je m'en fiche ! Il me prendra comme je suis et puis voilà.

Il y a des jours où nous sommes aveugles... Et des jours comme aujourd'hui où j'ouvre les yeux sur le monde comme au temps où je sortais mes pinceaux. Comprenez-vous ? C'est comme ... un lacher de ballons de toutes les couleurs dans un ciel bleu sans nuage, juste là, précisément, entre le clair et l'obscur de l'hiver. Et cet éblouissement que l'on espère... J'ai juste envie de peindre."

La suite, plus tard...

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"Japanese flower garden" Konan Tanigami

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18 février 2009

Les mots couleurs... deuxième partie...

LES MOTS COULEURS (suite)

jj

"Dans les premiers gestes de la journée, je m'applique à étirer le temps tel un chat au sortir de la sieste. Délayer la nuit à petites touches prudentes. Eloigner les ombres, avec tendresse, pour qu'elles reviennent avec le grand rideau de la nuit, sans bruit, sans heurt, car là est leur place.

Sur la table, les reliefs du repas de la veille. Lueur brune et beige tendre d'un diner aux chandelles. Avec lui.
Les papillons de mon jardin ont laissé un coin d'aile au fond du bleu de ses yeux. Et sa peau ? Irisée, moirée et nacrée, une douceur or sur son grain de peau amoureux. Dans mes yeux vacille une flamme, une soie rouge précieux. Il m'a séduite. Vous voulez savoir comment ? Avec des mots, oui, des mots. Ses mots à lui, ses mots couleurs.

Je me souviens d'une lettre en particulier, la première. La veille, il avait vu les murs de ma maison, des murs blancs. (Quand je suis arrivée il y a quelques mois, un ou deux, je ne sais plus, mais qu'importe ! j'ai blanchi à la chaux les murs de guinguois et les aretes vives. Ainsi, tout est plus doux, comme à réinventer). Le lendemain matin, j'ai trouvé un grand feuillet bleuté sous ma porte.

"J'aimerais écrire en rouge sur la face blanche de ton espace,
mais je crains que le noir ne veuille pas m'accorder cette faveur.
Il aime trop se nourrir de caractères, de ceux qui tracent la couleur
de cette pensée, et de ceux qui poussent sur le bleu de ton ciel.
Aussi ne prends pas en compte ce que je dis.
Ce fut seulement pour moi un plaisir de colorier ce commentaire."

Avez-vous jamais reçu pareille lettre, pareils mots ? Non, sans doute. Normal, me direz vous ; ils ne sont que pour moi. Cet homme sait qui je suis, il a su deviner, sous le blanc de mes murs, sous le blanc de mes mots, ces couleurs qui m'étouffent jour après jour, nuit après nuit, et que je n'ose dire.

Je m'approche de la fenetre. Sous ma peau le miel de ses paroles. Sur ma peau les reflets mordorés d'une tasse de thé que je tiens à pleines mains. Je contemple le jardin. L'obscurité rend les armes au petit matin qui s'invente. Une ombre de givre fait le tour de la maison.

Je pose ma joue contre la vitre glacée pour apaiser mon sang qui bouillonne. J'ai soif d'un printemps."

La suite... demain...

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"Les deux iris"
Céline Sachs Jeantet

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